Kianoush's arts and activities: L’exil pour dessiner en paix (Le Temps - Swiss newspaper)

Sunday, May 6, 2012

L’exil pour dessiner en paix (Le Temps - Swiss newspaper)

Liberté de la presse vendredi4 mai 2012

L’exil pour dessiner en paix

 Par Céline Zünd

L’exposition «Dessins pour la paix» interpelle les passants sur la liberté de la presse L’exposition «Dessins pour la paix» s’étend le long du quai Wilson à Genève. Il interpelle les flâneurs sur la liberté d’expression, inégalement distribuée dans le monde. Rencontre avec un dessinateur qui a fui Téhéran, où un dessin peut conduire en prison
Les quais de Genève s’animent sous les premiers rayons de soleil, le lac scintille et des vieilles dames promènent leur chien, tout est calme. Si calme. Un dessin géant montre un homme, très loin de cette légèreté printanière, rivé à un écran d’ordinateur, une corde autour du cou.
C’est l’une des œuvres de l’exposition Dessins pour la paix, qui se tiendra jusqu’au 3 juin le long du quai Wilson à Genève pour interpeller les flâneurs sur la liberté de la presse, inégalement distribuée dans le monde. En quelques traits sombres et nerveux, le dessinateur iranien Kianoush Ramezani raconte le funeste destin de Saïd Malekpour. La Cour suprême de l’Iran a condamné à mort, en décembre 2010, cet informaticien iranien de 36 ans après que l’un de ses programmes a été utilisé à son insu pour héberger des images pornographiques.
«Je voulais montrer qu’en Iran, utiliser Internet peut se transformer en jeu avec la mort», explique l’artiste, qui vient de recevoir des mains de Kofi Annan le Prix international du dessin de presse de la Ville de Genève, aux côtés de trois de ses compatriotes. La distinction récompense aussi bien les œuvres que le courage de leurs auteurs, dont deux vivent à Téhéran, où un dessin peut conduire en prison.
Les cordes hantent les œuvres de Kianoush Ramezani. Son pays, après la Chine, détient le triste record du nombre de personnes mises à mort. «J’ai dû assister à des pendaisons publiques quand j’étais enfant. J’ai vu comment le régime utilise la peine de mort pour éliminer des activistes ou des journalistes.»
Eté 2009, Téhéran. Kianoush Ramezani, comme des milliers d’Iraniens, est transporté par la «vague verte», la révolte engendrée par la réélection d’Ahmadinejad le 12 juin de cette année. Les barrières de l’autocensure tombent. Le dessinateur de presse réalise une série destinée au Mouvement vert, «pour donner l’espoir à la jeune génération». Pour qu’ils continuent à utiliser leurs armes à défier le régime.
Sur l’un de ses dessins, on voit un couple, ordinateur et téléphones portables en main, les joues et le front barrés de pansements, mais le sourire aux lèvres. Des casques et des matraques jonchent le sol. L’euphorie n’aura pas duré. «Ce qu’il s’est passé a été un choc immense. On savait qu’ils tuaient et torturaient en prison. Mais cette fois, ça se passait dans les rues.» Les voix critiques du régime disparaissent. Kianoush Ramezani décide de s’exiler à Paris.
Aujourd’hui, le dessinateur observe les révolutions arabes avec inquiétude. La justice tunisienne a condamné jeudi le patron de la chaîne privée Nessma à une amende pour atteinte au sacré, parce qu’il a diffusé le film Persepolis de l’Iranienne Marjane Satrapi, qui raconte les dérives autoritaires de Téhéran. En cause, une scène où Allah est dessiné, blasphème interdit par l’islam sunnite. «Il se passe la même chose qu’en Iran. Les islamistes prennent le pouvoir et imposent leurs lois, déplore Kianoush Ramezani. J’aimerais leur dire de rester vigilants.»
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